Zoom sur Mass Mind de Claire Grimond

Comme évoqué il y a quelques semaines, voici le premier billet sur un projet numérique original qui mérite une attention particulière. Il s’agit de Mass Mind, de Claire Grimond, dont le prologue (et pour l’heure seul matériel visible) a été mis en ligne il y a déjà deux ans. Ce projet est encore en gestation à l’heure où j’écris ces lignes, et c’est à mon sens ce qui fait son intérêt : il est avant tout l’amorce longue et complexe d’une œuvre en devenir et illustre certaines des difficultés rencontrées par son auteure pour l’accoucher et le faire connaître.

Claire Grimond a aujourd’hui 36 ans. Elle est sortie diplômée des Arts Décoratifs en animation et en illustration, en 2005 et a, comme souvent pour ce type de profil, évolué sur plusieurs métiers, comme professeur d’arts plastiques, avant d’être surtout aujourd’hui scénariste de dessin-animé. Elle a participé ainsi aux aventures de Maya l’abeille version 3D et a créé avec Jérémy Guiter Dégolas le petit elf. Elle a également œuvré à la scénarisation du parcours visiteurs enfants de Lascaux 4, qui propose notamment une reproduction grandeur nature des célèbres grottes. « Cela s’appelle de l’écriture de parcours interactifs, précise Claire. Cela fait de moi une scénariste tout terrain, qui explore les nouvelles écritures je crois ! »

Il y a quelques années, comme nombre de jeunes artistes, Claire a développé des projets d’ouvrages d’illustrations et de bande-dessinée. Après des échanges avec des éditeurs (mainstream puis plus alternatifs) elle s’est tournée vers la création numérique. Elle a beaucoup tâtonné, est partie sur un projet collaboratif, puis a opté pour un récit plus intime en solo. Elle s’est équipée d’un iPad pour en étudier l’interactivité et l’ergonomie, a testé des applications, et s’est formée sur le tas à différents outils. Elle a notamment commencé à dessiner sur Procreate, avec un stylet rudimentaire, et naturellement son style personnel, le noir et blanc, s’est imposé.

Elle a beaucoup écrit en à-côtés pour préciser les contours de Mass Mind : « J’ai besoin de savoir où je vais avant de commencer, puis j’ajuste l’histoire en cours de création en fonction du rythme graphique. » En un mois elle est parvenue à finaliser une première séquence prometteuse et pleine de mystères en turbomédia, une narration « qui m’a séduite car elle était facile à appréhender et pertinente pour mon récit ». Seulement, elle a mis un mois pour finaliser son prologue. « J’ai réalisé en le faisant que j’étais plus illustratrice que dessinatrice de BD. Je suis perfectionniste, j’ai envie de mettre beaucoup de choses dans un dessin et cela relève du roman illustré davantage que de l’art séquentiel. »

A partir de cette introduction de Mass Mind, Claire a envoyé plus d’une vingtaine de mails de présentation à des éditeurs (dont moi, à l’époque, chez Glénat), mails qu’elle avait bâti comme une newsletter, un flyer numérique afin de susciter de la curiosité. « Le démarchage n’est pas mon fort, reconnait-elle. Je voulais cependant avoir un dossier le plus pro possible. J’ai eu quelques retours, qui me disait notamment que l’univers ne leur plaisait pas mais il y avait des encouragements. Je n’avais pas mis de prix ni rien de la sorte. » A vrai dire, de mon côté à la direction du pôle numérique chez Glénat, j’ai fait suivre son travail en le recommandant mais aucun éditeur n’a réagi dans un sens ou dans un autre…

Aujourd’hui, trois ans après, prise par ses engagements multiples, Claire laisse le projet refaire son chemin dans son esprit. « Je le considère avant tout comme un terrain expérimental, un exercice pratique sur lequel j’aiguise mes réflexions. J’ai tourné beaucoup par exemple sur l’apport, l’intérêt et la pertinence d’avoir un récit à plusieurs entrées, ce qui supposerait une arborescence, ou serait-il mieux en restant purement linéaire ? Je me suis notamment penché sur toutes les spécificités des epubs 3. Mes questionnements vont de pair avec mes activités actuelles. Pour l’heure, il prend la forme d’un roman graphique. Le synopsis est presque bouclé. Pour le « dur » je vais avancer le roman et les illustrations conjointement. Je ne me donne pas de calendrier et j’avance. »

Que dire de Mass Mind, alors ?

L’introduction réalisée par Claire tire partie avec malice d’un écran rétro-éclairé en jouant sur les masses noires et blanches et, en outre, valorise son trait élégant. Son constat d’être plus illustratrice que dessinatrice BD est manifeste. Pour autant, la narration transmédia fonctionne, le court récit est fluide et surtout suscite une forte curiosité qui m’avait suffisamment marquée à l’époque pour que je la sollicite plusieurs années plus tard. Sans présager du futur de ce projet, sous une nouvelle forme sans doute, je le trouve très représentatif de nombreuses initiatives qui continuent de se chercher, qui ont été laissées de côté provisoirement (par exemple Monkey Girl et Dragon Dude de Balak et Barth), qui sont les témoignages et traces encore visibles même des années plus tard de la magnifique effervescence qui anime les artistes face au numérique.

Sébastien

Illustrations : Claire Grimond est propriétaire des droits.

Note : ce billet est le premier issu de l’appel émis récemment, n’hésitez pas à le relayer et à y répondre 🙂 

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